44 - Analyses des Cahiers d'acteurs

 

 

 

 

 

1 - ANALYSE du COMPTE-RENDU du DEBAT PUBLIC CIGEO

comparé aux contenus des CAHIERS D’ACTEURS

Nous avions déclaré, pour justifier notre participation active au Débat public, que nous voulions voir consignés tous les arguments anti-CIGéo sur un site public et officiel. Nous avons donc largement fait la promotion de la participation à ce débat. Nous pensions que le compte rendu de Claude BERNET, Président de la CPDP, ne pouvait être que le reflet exact du contenu des Cahiers d’acteurs, Questions, Avis et Contributions. Et que si ce n’était pas le cas, cela se verrait ! 



Le problème, c’est que, effectivement, pour nous (les membres de la cellule Cigéout), ce compte-rendu ne reflète que partiellement ce qui a été exprimé clairement dans les 154 cahiers d'acteurs. On est même parfois pour certains sujets dans la censure avérée. Démonstration :

Le rapport devait faire 100 pages, dans les faits, l’analyse est réduite à 50 pages.

Elles ont été rédigées dans un style proche de celui de la propagande de l’Andra.  On fait couler, glisser les sujets tabous, on enrobe, on oublie les arguments importants, et on sort un rapport "clean" où l’on fait semblant d’avoir respecté les règles.

Le débat public a suscité un grand nombre de cahiers d’acteurs, de contributions, de questions et d'avis, (la CNDP ne s’y attendait peut-être pas - elle a d'ailleurs cru bon ressortir les questions exprimées dans les cahiers d'acteurs).

Le débat a surtout fait ressortir une réflexion profonde, dont l'expression n’a pas suffisamment été interprétée et analysée par la CPDP - et pour cause : s’il l’avait été, les conclusions émergentes auraient été tout autre.

On remarque de suite qu’il n’y a pas une seule référence au débat public de 2005. Dommage on aurait pu rebondir sur les questions soulevées jadis.

Il est clair aussi que c'est une erreur d'avoir classé le contenu des 154 cahiers en seulement 4 chapitres : Ethique - Sécurité - Réversibilité - Transports, alors que les vrais problématiques, qui sont peu ou pas abordées, auraient pu être différenciées en une douzaine de chapitres. Le ton du compte-rendu est tel que tout semble couler de source, et finalement les 4 grands chapitres s'articulent parfaitement et finiraient même par avoir du sens.

Comment peut-il en être ainsi quand on sait qu’un bon nombre de cahiers anti-CIGéo très pertinents n’ont pas été pris en compte ?

Seulement 26 cahiers anti-CIGéo ont été cités soit 35 % des cahiers anti-CIGéo, alors que 41 cahiers pro-CIGéo sont repris dans le compte rendu. (50 % des cahiers).

40 cahiers anti-CIGéo n’ont pas été pris en compte, notamment les derniers arrivés, juste avant le 15 décembre 2013. Force est de constater qu'à partir du n° 100, 7 cahiers seulement ont été effleurés dont, comme par hasard, celui des salariés de l’Andra, et quatre émanant d'élus. Tous les autres sont passés à la trappe.

Autre constat : dans la catégorie des cahiers rédigés par des particuliers, seuls 16 sur 50 ont été mentionnés dans le compte rendu, soit moins de 30 %.

Les cahiers n° 64, 69, 84, 88, 128, 129, 134 n’ont pas été mentionnés, alors qu'ils évoquent les sujets fondamentaux par rapport aux dangers du projet GIGEO :

- le potentiel géothermique du site.

- l'incendie dans le stockage de STOCAMINE (le mot STOCAMINE ne figure pas une seule fois dans le compte rendu) - On comprend pourquoi : comment Claude BERNET pourrait-il mettre en cause un très haut fonctionnaire : Pierre-Franck CHEVET, qui à l'époque avait joué un rôle dans le projet en tant que Président de la DRIRE, et qui aujourd'hui est Président de l'ASN, l'Autorité de sûreté Nucléaire.

- le stockage de ASSE aujourd'hui inondé - ASSE a droit à 3 fois 3 petites lignes, alors que cette catastrophe est citée plusieurs fois dans les cahiers, et que le problème a été traité complètement dans le cahier n° 134, explicitant non seulement la problématique, mais aussi le rôle de l’ANDRA et des institutions françaises dans le projet.

- le problème de l’eau si elle pénétrait dans le stockage, cité des dizaines de fois, avec même des expressions impactantes comme "De Bure au Zouave."

- le problème du vieillissement des verres des colis HA (pire : le verre est traité de façon positive dans des tableaux en annexe)

- le risque d'intrusion traité dans le n°123 : enfouir des déchets radioactifs revient à élaborer une bombe nucléaire et à l’envoyer, non pas dans l’espace, mais dans le temps, sur nos descendants.

- le choix de la société Lavalin…

Bref : une véritable censure. D'autant plus que ces points ont été largement abordés dans les Questions.

Censure également du n° 154 qui explique : "Bure est une impasse, il faut changer la loi."

Du n° 98 : "La gouvernance de CIGéo est un véritable marigot."

Du n° 97 : "CIGéo est un complot." Cahier qui a été diffusé pendant 2 mois et que Christian LEYRIT, président de la CNDP a fait retirer le 17 février ! Voir les explications.

Toujours dans la catégorie des particuliers, 15 femmes ont produits un cahier d’acteur mais seulement  deux d’entre elles ont été citées. La CNDP serait-elle machiste ?

Les cahiers des élus sont repris dans tous les sens du poil alors que pour la plupart leurs cahiers ont peu ou pas de consistance.

 

 

On peut alors se demander comment a été traité le contenu des cahiers d’acteurs et des productions en général. Sur quels critères le compte-rendu a t-il été construit et rédigé ? Souvent ne sont cités que le titre d’un chapitre, la conclusion, voire la présentation de l’auteur, alors que des extraits du cahier lui même auraient été beaucoup plus pertinent. Prenons par exemple :

-  le cahier n° 40 : on y fait référence mais sans exemple et sans entrer dans le vif du sujet

-   les cahiers n° 29 et 131 : une phrase est tirée du CV

-   les cahiers n° 45 et 47 : un fragment de conclusion est retenu

-    le cahier n° 154 : le titre du cahier est cité…

La contribution de 12 pages des deux scientifiques Bernard Laponche et Bertrand Thuillier, notamment sur les problèmes de sécurité les plus critiques, est à peine évoquée…

Enfin, 16 particuliers ou sociétés ont signé un cahier d’acteur pour la forme. Ils ne sont en fait que de simples demandeurs de marché ou de conseils.

Un fin critique pourrait affirmer que ce compte rendu n'est qu'une suite de citations et pas toujours les plus représentatives. Alors qu'un vrai compte-rendu aurait du utiliser les méthodes d’analyse s’appuyant sur les différences de critères, comme : les valeurs, les points particuliers, les différences et les ressemblances, le croisement des données, verticales et horizontales, etc. Les arguments des cahiers les plus pertinents n’ont pas été cités, voire transformés pour les rendre plus politiquement correct.

Citons enfin le cahier n°140. Son auteure, très sensibilisée à la problématique des déchets nucléaires aux Pays Bas, n'est pas indifférente à Cigéo. Elle  dresse une analyse très percutante. Est-ce sa conclusion qui a épouvanté les rapporteurs : elle propose un onzième commandement de l'Eglise : "Les déchets nucléaires, tu n'enfouiras point."

Certes on retrouve quelques arguments des cahiers censurés dans le contenu des annexes. Mais elles sont très difficiles à lire et à appréhender : mise en page en colonne, taille des caractères… Bref : on veut éviter de traiter les questions fondamentales, et la CPDP s'en tire avec une présentation graphique…

Même si la colonne défavorable est plus chargée que les autres, on ne peut se satisfaire de ce traitement. Les éléments les plus pertinents des cahiers d’acteurs sont réduits à ce magma illisible.

Question : que font les pages 87 et 88 (avis de l'ASN) au milieu de ces tableaux ?

Enfin : le rapport n'a pas de conclusion ! Malgré les difficultés de mener à bien le débat qui sont longuement explicitées, les différentes contributions au débat public sont diversifiées et riches. Ce débat public se situe dans la continuité du premier. Le choix des sujets cités n’est que partiel et partial. L’analyse produite conduit à éliminer les problèmes fondamentaux et l'ensemble des arguments opposés au projet.

Si l’analyse des cahiers d'acteurs avait été faite dans les règles de l'art, il est probable que la réponse à la question centrale : « Faut-il réaliser, ou non, le projet de stockage profond réversible de déchets radioactifs préparé, dans le cadre de la loi du 28 juin 2006, par l’Andra, et situé dans une zone définie à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne » aurait apporté une tout autre réponse.

Enfin dernier problème : le panel de la Conférence de citoyens :
la rencontre de quelques panelistes, lors des conférences de Presse à Paris et à Bar-le-Duc, nous a permis de confirmer que l’échantillon des 17 est essentiellement constitué de “panelistes professionnels”, (c’est à dire des citoyens habitués à répondre à des enquêtes de marché pour des produits de grande consommation, et donc dont le profil est connu) - ceci explique le côté “rédactionnellement correct” de l’AVIS des panelistes – il n’y avait aucun “cerveau extrémiste” dans le panel ! - Et effectivement, si en plus, il a fallu y ajouter la dimension consensuelle, voire conclusive (comme pour les rapports de l’IRSN) nous comprenons mieux le style de la rédaction de cet AVIS.



Bien évidemment non seulement nous ferons largement écho de toutes ces analyses dans nos réseaux, mais tout ceci sera abordé dans le DVD CigéOut.com, en cours de réalisation, dont le scénario est une adaptation du compte-rendu de Claude BERNET.

2 - ANALYSE du COMPTE-RENDU du DEBAT PUBLIC CIGEO par l'Association MIRABEL